• Tout m’est revenu dans la figure d’un coup. Je me sentais tellement mal. Ces deux notes en dessous de la moyenne coup sur coup, la crise d’angoisse devenue crise d’asthme, les larmes, les envies de suicide, de scarification, cette sensation que j’étais une moins que rien, que je décevais sans cesse mes parents. J’ai hésité à aller en parler à l’infirmière, pour avoir un avis extérieur. Mais pourquoi ? Pour qu’elle me donne un cachet pour les nerfs et qu’elle me renvoie en classe ? Non merci. Et puis comme toujours, à chaque fois que je vais mal, je me demande pourquoi. Pourquoi ils n’ont pas vu plus tôt qu’elle avait ce cancer généralisé, pourquoi ils n’ont pas vu les cailloux de sang dans son cerveau alors qu’elle faisait des analyses régulièrement, pourquoi ils n’ont pas essayé de la sauver ? Je me demande même si mes parents m’ont dit la vérité. Depuis que je sais que ma mère m’a déjà menti à propos de quelque chose comme ça, je ne lui fais plus entièrement confiance. Au final, je n’ai peut-être pas encore dépassé cette phase de colère. Tout le monde est déjà passé à autre chose dans ma famille, on y pense encore, on va au cimetière mais… On m’a tellement fait remarqué ma ressemblance avec elle, que ce soient nos sals caractères, nos talents de cuisinière ou de couturière, ou encore ces yeux verts… Et j’ai honte parce que son visage est en train de s’effacer de ma mémoire, même si j’essaye de toutes les façons de le retenir, il me glisse entre les doigts. Je m’y identifie et … Chaque fois que j’entends son prénom, que je vois cette date, ou que je vais le voir dans cette maison, je me sens mal. Cette chanson que j’ai écouté juste après, qu’ils m’aient dit qu’ils allaient la débrancher, le matin où l’hôpital a appelé et que ma mère n’a pas voulu me le dire, mais je le savais, je le sentais, après l’avoir vu une dernière fois dans cette chambre funéraire, éclaté en sanglots et être obligé de sortir, voir mon père, mon oncle si mal, mon grand-père aussi. Et dire que je passe devant tous les jours, je ne peux pas ne pas avoir ce petit pincement au cœur. Quand j’ai dû y retourner plus d’un an après pour quelqu’un d’autre, je ne pensais pas que ce serait aussi dur. J’ai tellement écouté cette chanson qu’à chaque fois que je l’entends, des milliers de frissons me parcourent le corps, je perds mon sourire immédiatement, et je change de chanson. Je ne peux plus l’entendre. Je m’en veux toujours d’avoir préféré m’envoyer en l’air avec mon copain plutôt que d’aller la voir cet après-midi, une semaine avant, même si je ne savais pas, j’aurais dû y aller. Mais non, je suis égoïste. Et quand ils m’ont appelés pour me dire qu’elle était à l’hôpital, je n’ai pas répondu, je n’ai pas entendu, j’avais ma musique à fond. Puis quand j’ai réalisé, c’était trop tard. Et je m’en veux, je m’en veux tellement. Quand on a débarrassé ses affaires, j’aurais voulu récupérer plus d’affaires, mais rien que ce tablier brodé, c’est déjà beaucoup, cette machine à coudre aussi, c’est tellement important pour moi, je ne voulais pas que ça parte à quelqu’un d’autre. C’est encore une fois très égoïste mais je ne pouvais tout simplement pas. Je me souviens encore de la haine que j’ai éprouvée pour mon autre partie de la famille, comment leur vrai visage s’est révélé après sa mort. Je ne leur parle plus depuis.

    Depuis une semaine, je ne mange presque plus, je n’ai plus faim. La moitié de mes portions d’avant me donne la nausée. Je n’y ai plus le goût, je suis stressée sans arrêt. Je crois que je me mets trop de pression. Et je crois que cette partie de ma vie joue beaucoup. Mais aussi mon éducation. Ma sœur est comme moi. Nous n’avons pas confiance en nous. Nos parents s’en étonnent. Mais comment est-ce qu’on peut quand on ne nous félicite jamais, quand on nous fait sentir, même si c’est de l’humour, qu’on pourrait toujours faire mieux. Et le pire, quand on foire quelque chose, nous enfoncer encore plus. C’est ça le pire, ne pas être soutenu par ces parents. Après ça, ils s’étonnent encore qu’on ne leur dit rien, qu’on veut partir de la maison. Mais ils n’ont pas de recul, ne se remettent pas en question. Non, je ne dis pas que tout est de leur faute mais je pense que ça compte quand même.

     

    Voilà, j’ai fini mon monologue inutile mais j’en avais besoin. Ça fait trop longtemps que je garde ça pour moi. 


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